¹ Au maître de chant. De David. Pour faire souvenir.
² Ô Dieu, hâte-toi de me délivrer !
Seigneur, hâte-toi de me secourir !
³ Qu’ils soient honteux et confus,
ceux qui cherchent mon âme !
Qu’ils reculent et rougissent
ceux qui désirent ma perte !
⁴ Qu’ils retournent en arrière à cause de leur honte,
ceux qui disent « Ah ! ah ! »
⁵ Qu’ils soient dans l’allégresse et se réjouissent en toi
tous ceux qui te cherchent !
Qu’ils disent sans cesse « Gloire à Dieu »,
ceux qui aiment ton salut !
⁶ Moi, je suis pauvre et indigent
ô Dieu, hâte-toi vers moi !
Tu es mon aide et mon libérateur
Yahweh, ne tarde pas !
Seigneur, combien de temps encore ?
L’attente devient parfois plus douloureuse que l’épreuve elle-même.
Ce n’est plus seulement ce qui nous arrive qui nous fait souffrir. C’est de voir les jours passer sans que rien ne change. De se réveiller chaque matin avec les mêmes inquiétudes, de porter les mêmes blessures, de répéter les mêmes prières et de se demander combien de temps on pourra encore tenir.
Je connais cette façon de prier où les mots finissent par manquer. On ne cherche plus à formuler de longues phrases. On voudrait simplement que Dieu intervienne. Maintenant. Pas demain, pas lorsque les circonstances seront favorables, mais au milieu de ce qui nous écrase.
David commence son psaume par cette supplication.
« Ô Dieu, hâte-toi de me délivrer ! Seigneur, hâte-toi de me secourir ! », Psaume 70,2.
Ce qui me frappe, c’est son insistance. David ne demande pas uniquement à Dieu de le secourir. Il lui demande de se hâter.
Il y a une différence entre croire que Dieu peut nous délivrer et trouver encore la force d’attendre sa délivrance.
On parle souvent de la patience comme d’une preuve de foi. Pourtant, lorsqu’on regarde ce psaume, on découvre un homme qui ne cache pas son impatience devant Dieu. David ne fait pas semblant d’aller bien. Il ne cherche pas à rendre sa souffrance plus acceptable. Il reconnaît simplement qu’il a besoin d’aide, et qu’il en a besoin rapidement.
Et Dieu a laissé cette prière dans les Écritures.
Cela me touche profondément. Parce qu’on peut finir par croire que demander à Dieu de se dépêcher serait une manière de lui manquer de respect. Comme si la foi nous obligeait à supporter silencieusement ce qui nous détruit.
Mais David nous montre autre chose.
La foi ne nous interdit pas de dire à Dieu que l’attente nous fait mal.
Plus loin, David reconnaît sa pauvreté et son indigence. Il ne présente aucune force particulière, aucun mérite qui justifierait une intervention divine. Il s’approche simplement de Dieu avec ce qu’il est, dans l’état où il se trouve.
Et malgré sa détresse, il affirme que Dieu demeure son aide et son libérateur.
C’est peut-être ce qui rend sa prière si bouleversante. David ne voit pas encore la délivrance, mais il continue de s’adresser à Celui dont il l’attend.
Si tu traverses une situation qui semble interminable, je voudrais que tu retiennes cela. Tu n’as pas besoin de cacher ton épuisement pour être entendu de Dieu.
Tu peux lui parler de ces nuits où tu n’en peux plus. De cette injustice qui continue. De cette porte qui reste fermée malgré tes prières.
Tu peux même lui dire que tu ne comprends pas pourquoi il tarde.
Son silence apparent ne rend pas ta douleur insignifiante. Et ton impatience ne rend pas ta prière moins sincère.
Ce psaume ne nous raconte pas encore la fin du combat de David. Il nous laisse avec un homme qui attend, qui espère et qui appelle toujours au secours.
Peut-être est-ce précisément là que tu te trouves aujourd’hui.
Alors, si tu ne sais plus quoi dire à Dieu, emprunte simplement les derniers mots de David.
Yahweh, ne tarde pas.
(Bible Crampon (1923), Psaume 70)



